De 1987 à 1997, l'émission Club Dorothée, est produite par AB Productions, société de production discographique et audiovisuelle. Elle est dirigée par deux hommes : Jean-Luc Azoulay, le A, plus connu sous le pseudo Jean-François Porry, est en charge de tout le côté artistique, c'est le créatif du duo. Claude Berda est quant à lui le financier du binôme, il s'occupe du business.

La société AB est le producteur exécutif du programme Club Dorothée que le diffuseur TF1 lui achète, un programme commandé par la direction des programmes et sa directrice de l'unité jeunesse, Dorothée, qui est elle-même est l'animatrice de l'émission. Le premier contrat signé le 04 janvier 88 confiait à AB la production exécutive des émissions jeunesse pour une durée de 3 ans à comptée du 01 spetembre 87 et pour un minimum de 600 heures de programmes par an. Avec la reconduction des contrats en 90 (pour 3 ans à compter du 01 janvier 91) et 93 (pour 4 autres années), ce volume passera à 800 heures minimum. AB produira une moyenne de 1000 à 1200 heures par an pour TF1 lors des années fastes. Lors de la dernière année, seules 500 heures seront commandées.

Une clause d'audience est également inscrite dans le contrat. AB Productions doit garantir une part de marché générale égale ou supérieure à la moyenne de celle de la chaîne au cours des 6 derniers mois, minorée de 5 points. Plus clairement, si la moyenne de TF1 est de 42% de part de marché sur les 6 derniers mois alors les programmes fournis par AB ne peuvent faire moins de 37%. De plus, AB s'engage à effectuer toute modification que TF1 lui demanderai tant sur le fond que sur la forme de l'émission (programmes, animation, réalisation...). Autre exigence stipulée, AB devra livrer les émissions enregistrées au plus tard 48h avant leur diffusion afin de pouvoir en permettre la vérification.

Pour produire le Club Dorothée, il est investi pour la première fois autant de moyens pour la jeunesse que pour d'autre programmes de flux. TF1 achète l'heure de programme à AB 150 000 francs dans un premier temps. Ce prix augmentera au fur et à msesure des années pour atteindre environ 210 000 francs en fin de contrat. AB, pour ce prix, fournit les émissions complètes : plateaux et droits de diffusion des séries et dessins animés. Pour cela, ils acquièrent un large catalogue de dessins animés et de séries étrangères afin de les proposer dans le Club Dorothée, mais pas seulement. Après la faillite de la 5 de Berlusconi en 90, AB en contrat avec la chaîne, récupère, en négociant avec le repreneur Lagardère, tous les droits des programmes pour enfants et de nombreuses séries que détient la chaîne. AB, par la force des choses devient distributeur de programmes et, chose paradoxale, AB deviendra même fournisseur de la "2ème" Cinq de Lagardère à partir de 91, en lui vendant les dessins animés pour Youpi ! Généralement il ne s'agissait que des "seconds couteaux", gardant la primeur des programmes forts pour le Club Dorothée et TF1. Le groupe AB vendra aussi des droits de dessins animés à d'autres concurrents comme France 3 ou M6. Concernant les séries dont il détient les droits avec TF1 (co-productions, sitcoms AB...), le contrat avec la chaîne précise aussi que, s'ils sont diffusés au coeur du Club Dorothée, AB devra les décompter du volume horaire fourni et ne pourra pas les lui facturer.

D'autre part, le contrat entre TF1 et AB stipule que Dorothée réserve l'exclusivité de ses activités télévisuelles à TF1. De son côté AB conserve la majeure partie des droits et revenus de l'édition de produits dérivés tels que les livres, magazines ou disques. TF1 conserve quant à elle la majeure partie des droits pour l'exploitation des marques pour des jeux, objets de décoration, habillement, papeterie etc... Enfin, les deux sociétés se partageront à 50/50 les droits dérivés des vidéos qu'elle co-éditeront ensemble.

 

Pour tourner le Club Dorothée, en 87, Claude Berda et Jean-Luc Azoulay décident d'investir La Plaine Saint-Denis, au nord de Paris. Ils emménagent dans l'entrepôt 233, un hangar "avec des toiles à la place des murs" en guise de décor selon Robert Réa, premier réalisateur de l'émission (1), et qui sera leur premier studio, nommé studio 7. La première se fait même dans les gravats comme le dira Michel Klein quelques années plus tard, rien n'est achevé. Pour la réalisation, il n'y a qu'un car-régie "arrivé la veille". Les premiers mois, l'émission est donc produite dans des conditions sommaires.

Avec la signature du premier contrat de 3 ans avec TF1 début 88, AB décide d'investir massivement, entre 160 et 200 millions de francs, pour créer ses propres infrastructures : personnels, immobilier, stu dios, leur aménagement et les moyens techniques (2). Pour Berda, c’est une véritable industrie qui naît, et il "décide d’avoir [ses] propres studios, caméras, régies et collaborateurs" (1).

 

Les studios AB (qui conserveront le nom de studio 7 dans le Club Dorothée) sont construits quelques mètres plus loin, au 144 avenue du Président Wilson (ou 12 Rue de la Montjoie), par Bouygues BTP et inaugurés en avril 88. Il ne vont cesser de se developper pendant les 10 ans qui suivront, avec l'arrivée et la montée en puissance des sitcoms.

Le Club Dorothée investit donc le vaste plateau 1000 (pour 1000 m2, en effet les noms des plateaux sont issus de leur superficie). Les émissions quotidiennes et les mercredis après-midis se partagent cette surface les premières années. Le Jacky Show a de son côté son propre plateau, le 500. C'est ce même plateau 500 qui sera occupé en alternance pour le tournage de la sitcom Salut Les Musclés à partir de 1989.

 

La mise en production de Premiers Baisers vient compliquer la tâche d'AB au niveau de l'espace. Dans un premier temps, la nouvelle sitcom et le Club Dorothée cohabitent sur le plateau 1000 (en démontant et remontant certains éléments du décor pour le mercredi). Les quotidiennes du Club Dorothée et le direct du mercredi matin seront désormais tournés sur le plateau 200 (nommé plus tard 387). Avec la mise en chantier d'Hélène et les Garçons, AB décide d'aménager le plateau 900 pour y délocaliser le Club Dorothée du mercredi après-midi et installer les sitcoms de manière perènne sur le plateau 1000. Le Club Dorothée occupera le 900 jusqu'en juin 96. Le plateau 600, en face du 900, sera finalement le plateau des mercredis après-midis pour sa dernière saison entre septembre et décembre 96. Ci-dessous le plan des plateaux et une vue du ciel en 2012 de ces mêmes plateaux à La Plaine St Denis. On notera que le plateau 200 est désormais nommé 350.

 

 

 

Afin de présenter les émissions au soleil (ou sous la pluie) lors des vacances notamment, sont aménagés à l'extérieur des studios une façade de villa et son jardin. Ce décor extérieur se trouve a proximité du plateau 200, au centre de 3 bâtiments qui composent les studios. Puis une piscine sera construite et la villa se transforma en hacienda avec arcades etc... Il y aura même les décors d'une rue (la rue Dorothée), d'un cinéma puis d'un café et d'une supérette notamment pour les sitcoms à partir de 94 donnant à cette cour des allures de backlot hollywoodien. En effet, c'est un véritable petit hollywood qui se bâtit années après années. Au dessus des plateaux 200 et 300 se trouvaient tous les bureaux de production et d'administration d'AB. Enfin, pour l'anecdote, Claude Berda fit même construire une villa sur le toit de ce même bâtiment, avec un vaste jardin où se donnaient généralement les fêtes d'AB. L'extérieur de cette villa est visible au début du générique du Miel et Les Abeilles. Au final, prés de 5000 m2 de plateaux seront utilisés pendant la période faste d'AB (Club Dorothée et sitcoms).

 

 

 

Actuellement, les studios appatiennent toujours à AB mais sont exploités par la société VCF, prestataire technique de production d'émission de télévision. De nombreux programmes de France Télévisions y sont tournés (jeux, émissions politiques etc...).

 

 

 

Côté moyens techniques, les premiers mois de 87- 88, AB fait appel à un prestataire : Pipa Vidéo, qui lui fournira les équipements (caméras, régies etc...). Ensuite pour réaliser et diffuser les émissions, AB achètera donc ses propres équipements et aménagera ses propres régies dans les studios. Chaque studio ayant sa régie et ses loges dédiées. Il faut savoir que peu de studios à la Plaine St Denis, même à notre époque, sont ainsi configurés, généralement il ne s'agit que d'un car-régie qui vient réaliser une émission.

Enfin avec sa propre régie de diffusion, AB peut envoyer le signal elle-même vers TF1 par faisceau hertzien lors des directs, ou même de diffuser depuis la Plaine, des émissions enregistrées. Les régies de tournage des plateaux sont aussi des régies de montage et de post-production lorsqu'elles ne sont pas utilisées pour le direct. La société possèdait aussi des unités de tournage mobiles pour les émissions réalisées dans les pays du monde dans lesquels l'équipe du Club emmenait les jeunes téléspectateurs.

 

Au côté des 5 trublions de l'animation (qui ont des contrats de comédiens), il faut du monde pour réaliser le programme ! Pour les débuts du Club Dorothée, AB ne compte d'une quinzaine de personnes. Mais la politique de Berda est claire, il veut son propre personnel. Il ne va donc cesser d'engager. Dans les années fastes des sitcoms, AB tirait 1500 fiches de payes par mois (1). Pour le Club Dorothée lui même les effectifs se montent à une cinquantaine de personnes en tout (cadreurs, régisseurs, techniciens, monteurs, maquilleurs, coiffeurs, équipe de production etc...). Pour les enregistrements extérieurs les équipes étaient bien plus réduites, généralement une quinzaine de personnes. Le Club Dorothée était le bébé de Jean-Luc Azoulay qui en était l'auteur principal et le producteur éxécutif, tous les textes des animateurs étaient écrits par lui, sous le pseudonyme de Jean-François Porry. Robert Réa, Jacques Samyn, Jean Pierre Spiero, Georges Barrier et bien sûr Pat Le Guen en étaient les réalisateurs principaux.

 

Dans Ma Valise à Souvenirs, Dorothée donne une idée de comment se déroulait une semaine pour le Club Dorothée. Le lundi, étaient écrits les textes des émissions, le mardi il s'agissait de répéter et parfois de pré-enregistrer certaines séquences (sketches) pour le direct du mercredi après-midi. Le mercredi donc, le matin et après en direct. Le jeudi et le vendredi étaient enregistrées les quotidiennes pour les semaines qui suivaient. A cela, suivant les années, il faut rajouter les enregistrement de Pas de Pitié Pour les Croissants (jusqu'a 15 heures de tournages !), des émissions annexes (Club Sciences, Terre Attention Danger, Club Mini ou Des Millions de Copains). Dorothée étant généralement le pilier de toutes ces programmes, elle travaillait donc en permanence. Sans compter que les enregistrements des émissions de vacances les entraînaient plusieurs semaines par an au quatre coins du monde, tournant 4 a 5 émissions par jour, le temps effectif des plateaux d'une quotidienne avoisinant les 15-20 minutes. Ils les tournaient les unes à la suite des autres. Le Club Do a voyagé dans toutes les régions du monde de la Réunion à la Chine, en passant par les USA, Israël, le Maroc, la Russie, la Grèce, la Guyane, l'Egypte, la Turquie, la Thaîlande, Hawaï, le Québec, la Tunisie, le Canada, le Japon, l'Italie, les Caraïbes... mais aussi la France de la Côte d'Azur à la Bretagne.